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Préparer son départ à la retraite
Le départ en retraite est parfois subi, parfois souhaité, mais constitue dans tous les cas une étape importante de la vie car il s’agit d’un moment de transition. « De l’école à la fin de notre activité professionnelle, nous sommes conduits par le travail. C’est le modèle dominant. D’un coup celui-ci nous « lâche » et nous nous retrouvons sans modèle, face à l’image peu valorisante que la société nous renvoie de la retraite » (Sophie MUFFANG, magazine Conseils des Notaires n° 464). Si l’aspect psychologique de son départ en retraite ne doit pas être négligé, il convient en outre d’avoir conscience des impacts financiers et patrimoniaux d’un tel changement, l’anticipation étant alors la meilleure façon de bien vivre son départ en retraite. Plusieurs conseils souvent donnés par les professionnels sont simples et permettent de préparer l’avenir. Certaines personnes peuvent en outre devoir céder leur entreprise ce qui peut accroître les difficultés et complexifier le calendrier. Opérer le calcul de sa future pension de retraite, que l’on soit salarié du privé ou fonctionnaire, permet de mieux appréhender les éventuels compléments de revenus à prévoir. Ce dossier fait le point ...

I. Quelques conseils patrimoniaux à suivre avant de partir à la retraite
• Réorganiser son patrimoine
Une première analyse peut être liée à son propre logement. Lorsque le patrimoine n’est constitué que de la résidence principale, plusieurs réflexions peuvent être conduites : vendre un logement devenu trop grand pour en acquérir deux, l’un pour vivre et l’autre pour être mis en location. Il peut également être envisageable de louer une cave, un garage ou une grange qui ne sert plus.
Dans une telle situation, il est possible de louer le bien sans meuble, en location nue. Les revenus sont alors imposés dans la catégorie des revenus fonciers, soit selon un régime micro tenant compte d’un abattement forfaitaire sur les loyers, soit selon un régime réel obligeant à conserver les justificatifs des dépenses effectuées.
La location meublée peut également être envisagée. En cas de location d’une ou plusieurs pièces de sa résidence principale, une exonération existe lorsque le loyer annuel est fixé à un niveau raisonnable (135€/m² en province et 184€/m² en Ile de France) et que le logement constitue la résidence principale du locataire. A défaut, les revenus tirés de la location meublée relèvent de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), soit selon un régime micro avec un abattement forfaitaire sur les loyers, soit selon un régime réel obligeant à conserver les justificatifs des dépenses effectuées mais permettant d’amortir une partie de la valeur du bien.
Lorsque la résidence principale constitue l’essentiel du patrimoine, une autre solution envisageable est la vente en viager. Afin de se procurer des revenus complémentaires, il est en effet possible de céder sa résidence principale à un prix versé pour partie en capital et pour la plus grande partie sous forme de rente jusqu’au décès du cédant. Il est alors pertinent de se faire assister par un Notaire pour prévoir les garanties suffisantes en cas de défaillance de l’acquéreur.

• Epargner
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics ont mis en place des outils permettant aux contribuables de consacrer une partie de leurs revenus à épargner en vue de leur retraite. Les entreprises peuvent ainsi mettre en place un plan d’épargne retraite collective (PERCO). Les sommes versées par les salariés sont bloquées jusqu’à leur départ en retraite mais elles bénéficient le plus souvent d’un abondement de l’employeur, augmentant grandement la rentabilité de l’effort d’épargne effectué. Il est dès lors pertinent de s’intéresser à ce type de plan pour les salariés qui en bénéficient. Il existe d’autres produits adaptés à l’épargne retraite. Le plan d’épargne retraire (PERP) permet de déduire les sommes versées au cours de l’année (dans une certaine limite) mais les rentes perçues lors du départ en retraite sont imposables.
Le Plan d’Epargne en Actions est pertinent également puisqu’il garantit des revenus exonérés d’impôt sous certaines conditions. Les placements y sont toutefois en général plus risqués et il convient dès lors de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». L’assurance-vie peut enfin être un outil d’épargne pertinent puisqu’elle permet, au bout de huit ans, de procéder chaque année à des rachats partiels comprenant 4 600 € de gains accumulés (9 200 € pour un couple). Il convient de souligner que ces dispositions fiscales doivent toujours être suivies car les lois de finances successives sont susceptibles de faire évoluer les choses. Etre entouré de professionnels est une démarche souvent pertinente.

• Planifier son départ en retraite
Si la loi prévoit certaines conditions pour pouvoir partir à la retraite (âge légal, nombre de trimestres cotisé…) la date de son départ en retraite peut souvent être anticipée et préparée. Il est dès lors pertinent de faire le point plusieurs années avant l’âge légal de départ afin de déterminer le nombre d’années restant et de connaître les pensions de retraite auxquelles on aura droit.
Dans certaines entreprises, il est possible de demander une retraite progressive à son employeur. Cela permet souvent à ce dernier d’organiser ses équipes, de faciliter la transmission des informations et au retraité de conserver des avantages sociaux (mutuelle et autres) et de se préparer à sa cessation totale d’activité. D’un point de vue patrimonial, un départ progressif ou en tous cas suffisamment anticipé rend possible les arbitrages patrimoniaux évoqués précédemment. Il permet également de préparer une éventuelle poursuite d’activité professionnelle une fois ses droits à retraite liquidés. On parle alors de cumul emploi-retraite qui est souvent très apprécié, pour des raisons financières et humaines.

II. Le cumul emploi-retraite
Le cumul emploi-retraite consiste à percevoir ses pensions de retraite et à poursuivre une activité professionnelle rémunérée. Cette poursuite d’activité peut être réalisée sous un statut de salarié ou d’indépendant.
Il est important de garder à l’esprit, dans ce cas, que le contribuable sera tenu de cotiser auprès des caisses sociales, quelque soit son statut (salarié, auto-entrepreneur ou autre). Une telle obligation est souvent mal vécue par les contribuables qui considèrent ne plus avoir besoin de cotiser compte tenu de leur statut de retraité.
Le cumul emploi-retraite peut être intégral ou plafonné. Certaines conditions doivent en effet être remplies pour éviter de perdre une partie de sa pension de retraite. Ainsi, pour que le cumul se fasse sans restriction, le contribuable doit avoir atteint l’âge légal de départ en retraite et satisfaire la condition de durée de cotisation ouvrant droit à une retraite à taux plein. Cette seconde condition n’est pas exigée lorsque le contribuable a atteint l’âge d’obtention automatique de la retraite à taux plein.
Si ces conditions du cumul intégral ne sont pas remplies, les pensions de retraite sont réduites. Le cumul n’est en effet possible que si la somme des pensions (base et complémentaire) et du nouveau salaire est inférieure au dernier salaire d’activité (avant départ en retraite) ou à 160 % du SMIC mensuel (2 368,43 € au 1er janvier 2017).
Avant de s’engager dans un cumul emploi-retraite, il convient également de s’assurer que le précédent contrat de travail ne comprenait pas une clause de non concurrence empêchant d’exercer une activité similaire sur une certaine durée et dans un secteur géographique déterminé. Pour les chefs d’entreprise qui cèdent leur entreprise lors de leur départ en retraite, la stratégie du cumul emploi-retraite est souvent appréciée car elle permet un accompagnement rémunéré des acquéreurs. Il sera toutefois nécessaire d’être vigilant car les mesures visant à alléger l’impôt sur les plus-values de cession lors du départ en retraite, limitent la durée d’accompagnement comme salarié de l’entreprise à 24 mois.
En conclusion, que l’on ait un statut de salarié, de fonctionnaire, de dirigeant de société ou d’entrepreneur, il est indispensable de préparer son départ en retraite. Recourir à des professionnels permet le plus souvent de ne pas oublier certains aspects d’une telle transition, que ce soit d’un point de vue financier, patrimonial, fiscal, social ou même psychologique.